CHRONIQUE D’UNTEL N°1

Elle se forma entre la tempe et l’oreille. D’abord fluide et légère, elle se faufila vers la joue pour s’arrêter nette, se gorger d’elle-même puis glisser vers la mâchoire pour enfin tomber au sol, à droite de la bottine droite. Cette goutte de fébrilité avait fini sa vie sur la moquette grise d’une estrade.
En plein discours inaugural, relayé dans le monde entier, ce discret signe de nervosité n’avait été remarqué que par sa propriétaire, et la moquette grise. La présentation de la première collection de « prêt-à-marcher, prothèses et accessoires » se déroulait dans une ambiance exceptionnelle. Debout derrière le pupitre aux mille logos, du haut de ses longues jambes articulées au design gracieux, la nouvelle égérie du monde de la mode s’essuya la joue d’un geste délicat avant de reprendre la parole.

A quelques milliers de kilomètres de là, dans sa chambre toujours rose, une jeune fille contemple la retransmission sur le plus grand des 4 écrans encore visible, les 7 autres se retrouvant obstrués par le matelas du lit posé contre le mur. Entre 2 lattes soigneusement écartées de ce même lit, les 2 jambes toujours roses de la jeune fille se tiennent prêtes, en porte-à-faux, à recevoir l’armoire en équilibre instable. Bientôt la jeune fille portera enfin des prothèses de jambes Betina de Saint-James.

 

CHRONIQUE N°2